Nous étions arrivées sur l'île Stunmir dont avait parlé Marie Mary. C'était surpeuplé. Des centaines de personnes étaient là, des étalages s'étalaient un peu partout, des hommes hurlaient : « Le fromage est moins cher ici ! » ou bien : « peut-être mais je vends des bijoux de meilleure qualité ! » un vrai... bordel et oui, bordel. Tous criaient se qu'il vendaient. Un passant passait devant nous et nous l'apostrophâmes :
_Que se passe-t-il ici ?
_Il se passe que c'est le Jour du Marché, ignorantes !
Et il passa en trombe devant nous, en criant par-dessus son épaule :
_Achetez mes poulets !
Nous continuâmes d'avancer, en nous demandant sur quel monde nous avions atterri. Des marcheurs nous marchaient sur les pieds, appuyant bien fort, certains en le faisant exprès, d'autres s'excusant après mais repartant dans leurs hurlement de guerre après. Nous passâmes devant un étalage, ou les montres étaient disposées de tel façon qu'elles formaient un c½ur. Sur l'étalage suivant, des bijoux s'entrelaçaient. Elizabeth s'arrêta, intéressée, et saisit un collier. C'était une chouette, avec un c½ur vert, très jolie. La bague était en argent, toute simple, mais avec une pierre verte également.
_Tu aimes bien le vert ? M'étonnais-je.
_C'est assorti à mes yeux, répondit Elizabeth en rougissant. C'est combien ? Demanda-t-elle au vendeur.
C'était incroyable comment ce marchand tenait plus de l'aubergine que de l'humain. Il avait les cheveux tout vert, et une couleur violacée au niveau du cou, comme si il avait été étranglé par une corde. Mais ce fut Elizabeth qui s'étrangla, en apprenant que les deux bijoux réunis étaient à 212 sinams. Les sinams étaient la monnaie de ce monde. J'en avais 7000 sur moi, donc je pouvais lui acheter, mais elle s'y opposa fermement. Elle n'avait que 62 sinams sur elle, et le collier le moins cher sur cet étalage coûtait 67 sinams. Elle s'éloigna d'un pas digne, je lui criais de m'attendre à l'étalage d'après pour que je refasse mon lacet. Je me relevais. L'aubergine marchande me regardais un petit sourire sur les lèvres, comprenant ma tactique. Finalement, il a peut-être l'apparence d'une aubergine, mais il a un cerveau ! Je saisis le collier qu'Elizabeth voulait, mais la bague était introuvable. Je demandais le prix, et il me dit que c'était 122 sinams.
_40 ! Marchandais-je.
_120.
_42 !
_100.
_50 !
_70.
_51 !
_Bon d'accord, capitula-t-il, 55 sinams.
_Tope-la vieux !
Je lui donnais les 55 sinams réclamés et partis, sifflotant d'un air provocant, agitant légèrement les mains, un éclair bleu sifflant pour aller le frapper sur le postérieur. J'étouffais un rire en voyant une tige d'aubergine pousser sur son derrière. Finalement, pour m'avoir laissé un collier de cette valeur à 55 sinams, c'était décidé, c'était une aubergine sans cerveau ! Je me mis à courir, les hurlements du marchand me poursuivant, moi en train de me tordre les boyaux à rire comme une bossue. Elizabeth me remarqua, et revint vers moi. Je lui tendis le collier, en lui racontant l'épisode « aubergine ». Elle esquissa un sourire, mais pas un sourire comme si elle riait à ma blague. Un sourire reconnaissant d'avoir acheté le collier. Je remarquais un éclat vert sur son majeur droit et lui dis :
_Eh ! Tu as gardé sa bague !
_Oups ! Je vais la lui rendre !
Et elle fila comme une flèche, bousculant les passants. Un cri retentit, venant d'une estrade :
_Elizabeth ! Ici, je suis ici !
Je me retournais. Le garçon que nous cherchions depuis si longtemps était là, les vêtements déchirés, des marques de fouets sur le dos, le regard hagard, une lueur d'espoir tout de même. Il était amaigri, on voyait ses côtes, il portait des gants, qui empêchaient d'utiliser la magie. Je remarquais avec horreur un P marqué au fer blanc sur le ventre, le signant comme pirate, alors qu'il avait été enlevé. Et c'était un esclave.
_Yoann ? Soufflais-je assez fort pour qu'il entende.
_Oui ! Tu ne me reconnais pas, Elizabeth ?
L'homme qui le vendait le frappa à la tête. Il l'a rentré dans son cou, un nouveau bleu à ajouter à sa collection déjà pas mal avancée. Une femme le marchandait déjà, proposant 12 sinams.
_1000 ! Hurlais-je, 1000 !
Le vendeur me regarda avec étonnement, se disant peut-être que j'étais folle, mais il dit :
_C'est l'acheteuse incontestée, je suis désolée madame, ajouta-t-il à l'intention de la femme qui avait l'intention d'acheter Yoann, rouge de colère.
_April, le vendeur avait un comportement bizarre, j'ai du retirer la queue qu'il avait pour avoir la bague. Quand il m'a vu il s'est mis à flipper, c'était incroyab... Oh ! Yoann !
Elizabeth était arrivée, remarquant Yoann, elle faillit s'effondrer en voyant son état désastreux. D'ailleurs, lui-même s'effondra, sur moi, en disant :
_Je ne savais pas que tu avais un clone...
Il s'évanouit. Elizabeth, livide, me demanda mes 4945 sinams restant pour acheter le reste des esclaves. Le marchand s'approcha et dit :
_Alors voilà, j'vous explique. Si vous voulez le libérer, je vous donne cette clef et ils faut tourner les gants mangeurs de magie huit fois, et ils tomberont. Il y a un bracelet en bas, vous l'ouvrez donc avec cette clef. Mais le tatouage, il l'aura toute sa vie !
Il partit dans un grand rire s'occuper des autres acheteurs. Elizabeth nous dit :
_Il y a une auberge plus loin. Prenez-y une chambre, April, je te laisse 400 sinams. Je vais en acheter le plus possible pour les libérer.
Elle se faufila dans la foule, cherchant le marchand esclavagiste. Soutenant Yoann, je me dirigeais vers l'auberge. Nous avions retrouvé Yoann, plus qu'une mission, la plus difficile qui soit : maintenant, nous devions chercher le livre de Rashbanid, en évitant Marie Mary comme la peste.
Maintenant.... faut attendre ! ça vous plait jusqu'ici ???